Identité
Ce que veut dire non binaire : des genres au-delà d’homme et femme, les pronoms et le respect au quotidien
Un guide simple sur les identités non binaires, les mots employés, le fonctionnement des pronoms selon les langues et des habitudes qui facilitent la vie quotidienne des personnes non binaires.

Non binaire désigne les personnes dont le genre n’est ni seulement homme ni seulement femme. Certaines personnes non binaires se sentent un mélange des deux. D’autres ne se sentent ni l’un ni l’autre. D’autres encore sentent que leur genre évolue avec le temps. Certaines savent simplement que les deux cases habituelles ne les décrivent pas, sans avoir besoin d’un mot plus précis.
Binaire veut dire « composé de deux parties ». Beaucoup de sociétés organisent le genre comme un système binaire : on attend de chacun qu’il soit homme ou femme, et qu’il le reste. Les personnes non binaires montrent que, pour certains êtres humains, le genre n’est pas si simple. Ce guide explique les principaux mots, le lien entre être non binaire et être trans, le fonctionnement des pronoms selon les langues et ce que vous pouvez faire pour faciliter les situations du quotidien.
Une réponse rapide aux questions les plus fréquentes
| Question | Réponse courte |
|---|---|
| Non binaire, c’est une identité de genre ou une orientation sexuelle ? | Une identité de genre. Les personnes non binaires peuvent avoir n’importe quelle orientation. |
| Les personnes non binaires sont-elles trans ? | Beaucoup disent oui, puisque leur genre diffère du sexe assigné à la naissance. Certaines préfèrent ne pas utiliser le mot trans pour elles-mêmes. |
| Faut-il avoir un look androgyne ? | Non. Les vêtements et l’apparence relèvent de l’expression, pas de l’identité. |
| Toutes utilisent-elles « iel » ? | Non. Certaines utilisent iel, d’autres il ou elle, d’autres d’autres pronoms, d’autres préfèrent qu’on dise simplement leur prénom. |
| Est-ce nouveau ? | Le mot est assez récent. L’expérience, et d’autres façons de la nommer, sont bien plus anciennes. |
Le parapluie non binaire
Non binaire fonctionne comme mot parapluie et comme identité personnelle. Sous ce parapluie, on emploie des termes plus précis quand ils aident à s’expliquer :
- Genderqueer : un mot plus ancien, répandu depuis les années 1990, pour un genre qui ne suit pas les règles binaires. Beaucoup l’utilisent encore.
- Agenre : ne pas avoir de genre, ou sentir que le genre ne s’applique pas à soi.
- Genderfluid ou genre fluide : un genre qui change avec le temps, parfois d’un jour à l’autre, parfois sur des mois ou des années.
- Bigenre : vivre deux genres, ensemble ou à des moments différents.
- Demi-fille / demi-garçon : se sentir en partie lié au fait d’être une fille ou une femme, un garçon ou un homme, mais pas complètement.
Inutile d’apprendre tous ces mots. Si quelqu’un vous donne une étiquette, vous pouvez lui demander ce qu’elle signifie pour lui, car un même mot peut être employé de façon un peu différente. Notre guide sur ce que veut dire queer explique pourquoi certaines personnes préfèrent un mot large à un mot précis.
Non binaire et trans
Une personne transgenre est une personne dont l’identité de genre diffère du sexe assigné à la naissance. Selon cette définition, les personnes non binaires entrent sous le parapluie trans, et beaucoup se décrivent comme trans et non binaires. D’autres n’emploient pas le mot trans, parfois parce qu’elles l’associent à une transition binaire, d’homme à femme ou de femme à homme, qui n’est pas leur expérience.
Les deux choix sont légitimes. Ce qui compte au quotidien, c’est de suivre les mots de chaque personne. Certaines personnes non binaires entreprennent des démarches médicales, comme des hormones ou une chirurgie, pour se sentir mieux dans leur corps. Beaucoup ne le font pas. Notre guide sur ce que veut dire être transgenre détaille la transition sociale, administrative et médicale.
Rien de nouveau, et pas seulement en Occident
Le terme anglais nonbinary s’est répandu dans les années 2010, mais des personnes vivant en dehors d’un système strict à deux genres apparaissent dans de nombreux lieux et à de nombreuses époques. Plusieurs cultures reconnaissent depuis longtemps des rôles ou des identités au-delà d’homme et femme :
- En Asie du Sud, des communautés hijras existent depuis des siècles. La Cour suprême de l’Inde a reconnu un troisième genre légal en 2014, et le Népal et le Pakistan ont aussi créé des options officielles de troisième genre.
- À Juchitán, dans l’État mexicain d’Oaxaca, les personnes muxes font partie de la vie culturelle zapotèque.
- Aux Samoa, les fa’afafine sont une composante reconnue de la société.
- Certaines personnes autochtones d’Amérique du Nord utilisent le terme bispirituel (two-spirit), adopté lors d’un rassemblement à Winnipeg en 1990, pour décrire des rôles ancrés dans les traditions de leurs propres nations.
Ce sont des identités spécifiques, avec leur histoire, leur langue et leur sens. Ce ne sont pas de simples mots locaux pour dire non binaire, et les personnes extérieures à ces cultures ne devraient pas se les approprier. Elles montrent toutefois que diviser tous les êtres humains en exactement deux genres est un choix culturel parmi d’autres, pas une règle universelle.
Les pronoms : comment la langue fait de la place
En français, le genre se marque non seulement dans les pronoms, mais aussi dans les articles, les noms, les adjectifs et les participes. Beaucoup de personnes non binaires utilisent le pronom iel, mélange de il et elle, que le dictionnaire Le Robert a ajouté à sa version en ligne en 2021. On voit aussi des accords comme « fatigué·e » avec le point médian, ou des mots comme « toustes ». D’autres préfèrent des stratégies sans mots nouveaux : utiliser le prénom, dire « cette personne est fatiguée » ou reformuler. Et certaines personnes non binaires continuent d’utiliser il ou elle.
D’autres langues font face à d’autres défis :
- En anglais, beaucoup de personnes non binaires utilisent they/them. Le they singulier s’emploie depuis des siècles pour une personne dont on ignore le genre.
- En portugais et en espagnol sont apparus les pronoms elu et elle, avec des terminaisons en -e.
- Le suédois a ajouté hen, un pronom neutre, à la liste officielle des mots de l’Académie suédoise en 2015.
- En allemand, en polonais et en roumain, il n’existe pas encore de norme largement acceptée ; beaucoup de personnes non binaires utilisent leur prénom, reformulent ou choisissent parmi plusieurs propositions.
L’écriture inclusive fait encore débat en France, en Belgique, en Suisse et au Québec, y compris dans les écoles et les administrations. Dans la conversation de tous les jours, le plus respectueux est d’être pratique : demandez ce que la personne préfère et faites de votre mieux. Utiliser le prénom et reformuler fonctionne presque toujours. Notre guide sur les prénoms et les pronoms traite des erreurs, des corrections et de la vie privée.
L’expression n’est pas un uniforme
Les personnes non binaires n’ont pas de look standard. L’une porte des robes et les cheveux longs. Une autre porte des costumes. Une autre change de style sans arrêt. Les vêtements androgynes sont un choix que certaines personnes apprécient, pas une obligation.
Attendre des personnes non binaires qu’elles « aient l’air non binaires » crée un test impossible. Cela met aussi la pression sur celles qui ne peuvent peut-être pas s’exprimer librement en sécurité au travail, à l’école ou à la maison. Une personne non binaire dans un bureau conservateur peut s’habiller de façon à ne pas attirer l’attention. Son identité n’en est pas moins réelle.
Situations du quotidien et solutions simples
La plupart des difficultés des personnes non binaires viennent de systèmes conçus pour deux options. De petits changements aident beaucoup.
Formulaires. Si un formulaire demande le genre, demandez-vous si l’information est vraiment nécessaire. Si oui, proposez plus de deux options, ou un champ libre, et la possibilité de ne pas répondre. Ne demandez la civilité (M., Mme) que si c’est indispensable ; certaines organisations proposent « Mx ».
Groupes et salutations. « Mesdames et messieurs » ou « salut les gars » supposent que tout le monde entre dans l’une de deux catégories. « Bonjour à toutes et à tous », « bonjour tout le monde » ou « chers invités » conviennent à tous et sonnent naturels.
Toilettes et vestiaires. Une option individuelle ou mixte, bien signalée, aide les personnes non binaires, les parents avec un enfant d’un autre genre, les personnes handicapées accompagnées et toute personne qui souhaite de l’intimité.
Équipes et activités. Quand on répartit les groupes par genre, pensez à d’autres façons : par mois d’anniversaire, par numéros, par centres d’intérêt.
Documents. Certains pays, dont l’Argentine, l’Australie, le Canada et l’Allemagne, proposent une mention X ou une autre option non binaire sur au moins certains documents officiels. En France, la Cour de cassation a refusé en 2017 l’inscription d’un « sexe neutre » à l’état civil. Les règles varient beaucoup et évoluent, alors vérifiez ce qui s’applique là où vous vivez avant de compter dessus.
Des idées reçues qui gênent
« C’est une phase. » La compréhension que certaines personnes ont de leur genre évolue, et ce n’est pas un problème. Beaucoup de personnes non binaires se connaissent depuis des années. Dans tous les cas, la réponse respectueuse est la même : utilisez les mots qu’elles emploient aujourd’hui.
« La biologie n’en permet que deux. » Être non binaire concerne l’identité de genre, ce n’est pas une affirmation sur les chromosomes. La biologie est aussi plus variée que les schémas scolaires, comme le montrent les personnes intersexes, mais une personne non binaire n’a pas besoin d’explication biologique pour être respectée.
« C’est pour se faire remarquer. » Être ouvertement non binaire attire souvent une attention non désirée : questions, blagues, hostilité. Beaucoup trouveraient plus simple de se taire.
« L’écriture inclusive abîme le français. » Les langues ont toujours évolué pour mieux décrire les gens. Vous pouvez avoir un avis sur les règles de grammaire et, en même temps, respecter la personne en face de vous en utilisant son prénom ou en reformulant.
Si vous vous demandez si vous êtes non binaire
Pas besoin d’un sentiment précis, d’un look précis ou d’une histoire précise. Certaines personnes ressentent un malaise quand on les appelle homme ou femme. D’autres éprouvent du soulagement quand on emploie un mot neutre pour elles. D’autres trouvent simplement que non binaire les décrit mieux que toute autre option.
Vous pouvez essayer en privé : vous imaginer décrit avec d’autres pronoms, utiliser un pseudonyme neutre en ligne ou en parler avec un ami de confiance. Vous pouvez aussi changer d’avis. Une étiquette est un outil pour s’expliquer, pas un contrat. Notre guide sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre peut vous aider à distinguer les questions sur qui vous êtes de celles sur qui vous aimez et comment vous vous habillez.
Les personnes non binaires demandent quelque chose de modeste : être décrites avec justesse et traitées comme les personnes qu’elles sont. Quelques changements de mots et d’habitudes suffisent généralement à le rendre possible.


